Une étude de cohortes récemment parue dans le LANCET (1) relance le débat sur l‘objectif optimum d’HbA1c à atteindre chez les diabétiques de type 2.
Cette étude observationnelle porte sur les données de 48 000 diabétiques de type 2 âgés de plus 50 ans et suivis en médecine générale au Royaume-Uni, à partir d’un registre s'étalant de 1986 à 2008. Deux cohortes sont étudiées : une cohorte comprenant 27 965 patients dont le traitement a été intensifié d'une monothérapie à une combinaison metformine et sulfamides, une seconde comprenant 20 005 patients intensifiés par l’ajout d’une insuline à la thérapie orale. La durée moyenne d’observation était de 5,2 ans dans la première cohorte, de 3,9 ans dans la seconde. 22% des patients avaient un antécédent de maladie cardio-vasculaire à l’entrée dans le registre.
La principale (et quelque peu provocante) conclusion est de montrer que la mortalité est associée à l'HbA1c moyenne sous traitement selon une courbe en U, avec une mortalité la plus basse pour une HbA1c médiane à 7,5%. Les HbA1c <6,6% sont associées à une sur-mortalité de 130% sous hypoglycémiants oraux et de 180% sous insuline, et les HbA1c >8,5% sont associées à une surmortalité de 110% sous traitement oral et de 120% sous insuline. Ceci reste vrai après ajustement sur la période temporelle d’observation. La survenue d’un premier événement cardio-vasculaire est associée aux HbA1c moyennes selon la même courbe en U. Dans un premier temps, on est tenté de ne pas prendre pour argent comptant les résultats de cette étude d’observation tant il existe de nombreux biais qui peuvent affecter les résultats : on ignore les modalités d’insulinothérapie utilisées, on ne sait pas combien de patients étaient sous metformine, les normes et méthodes de dosages d’HbA1c ont varié dans le temps, on manque de renseignements sur les co-morbidités des sujets ayant une HbA1c <6,6% alors même que l’existence de co-morbidités réduit le bénéfice cardio-vasculaire du traitement intensif de l’hyperglycémie (2) ,…
Néanmoins, d’autres éléments viennent conforter ces résultats. Une autre étude observationnelle publiée en 2009 avait montré la même relation en forme de U entre l’Hba1c et la mortalité de 5 815 diabétiques insuffisants cardiaques, la mortalité la plus faible survenant chez les patients, dont l’hbA1c était entre 7,1% et 7,8% (3). D’autre part, il faut souligner qu’il n’existe aucun argument en faveur d’une réduction de la mortalité chez les diabétiques ayant une HbA1c <7% sous traitement: dans l’étude UKPDS l’HbA1c moyenne dans le groupe intensif était de 7% versus 7,9%; les différentes méta-analyses des études parues en 2008-2009 (4,5) s’accordent pour montrer une réduction des infarctus non mortels sous traitement intensif, mais non des AVC, et aucun effet sur la mortalité. Dans ces études l’HbA1c moyenne sous traitement intensif était de 6,6% versus 7,5% (6,5% v 7,3% dans ADVANCE, 6,4% v 7,5% dans ACCORD, 6,9% v 8,4% dans VADT, 8,1% v 8,7% dans POST-UKPDS). Par ailleurs, un regard plus « analytique » sur ces études montre que seuls les sujets en prévention primaire ont bénéficié du traitement intensif de l’hyperglycémie.
Tout ceci ne permet pas d’écrire, comme certains l’ont déjà fait, que la recherche d’une réduction de l’HbA1c à 6,5% a été responsable d’un certain nombre de décès indus chez les diabétiques, car un tel effet de causalité ne ressort absolument pas de la littérature.
Par contre on peut conclure qu’un objectif d’HbA1c à 7% est celui à proposer aux diabétiques de type 2. Cet objectif doit être modulé selon les patients : il n’y a probablement aucun mal à rechercher une HbA1c à 6,5% au début du diabète à condition d’utiliser un médicament sans effet secondaire et bien évalué dans le temps, c’est à dire de la metformine. En revanche chez les patients en prévention cardio-vasculaire secondaire et ayant un diabète plus ancien un objectif entre 7 et 7,5% paraît suffisant, et chez les sujets en perte d’autonomie on peut se contenter d’une HbA1c à 8%. Rappelons enfin que pour les diabétiques de type 1, l’objectif est une HbA1c <7,5%.
Il faut donc rompre avec les incitations « terroristes » à obtenir une HbA1c <6,5% chez les diabétiques de type 2, sans pour autant tomber dans le laisser-aller en ce qui concerne leur contrôle glycémique…
Michel Varroud-Vial
(1) Currie CJ, Peters JR, Tynan A et al. Survival as a function of HbA1c in people with type 2 diabetes: a retrospective cohort study. Lancet 2010; 375: 481–89.
(2) Greenfield S, Billimek J, Pelligrini F et al. Comorbidity Affects the Relationship Between Glycemic Control and Cardiovascular Outcomes in Diabetes. A Cohort Study. Ann of Int Med 2009; 151: 854-860
(3) Aguilar D, Bozkurt B, Ramasubbu K, et al. Relationship of hemoglobin A1C and mortality in heart failure patients with diabetes. J Am Coll Cardiol 2009; 54 : 422-28.
(4) Ray KK, Rao S, Seshasai K et al. Eff ect of intensive control of glucose on cardiovascular
outcomes and death in patients with diabetes mellitus: a meta-analysis of randomised controlled trials. Lancet 2009; 373: 1765–72.
(5) Turnbull FM, Abraira C, Anderson RJ et al. Intensive glucose control and macrovascular outcomes in type 2 diabetes. Diabetologia 2009 ;
COMMUNIQUÉ de l’UNR.santé
15 février 2010
La situation en matière de santé est marquée par le poids croissant des maladies chroniques, lamise en place des ARS et les nouveaux modes d’organisation des soins de premier recours. La mission confiée au Dr Legmann, président du CNOM, sur l’avenir de la médecine libérale et le discours du Président de la République sur l’accès des patients à la santé de proximité soulignent cette actualité, dans le droit fil de la loi HPST. Dans ce contexte, la construction du volet ambulatoire du SROS est un enjeu majeur au service d’une structuration de l’offre de soins reposant sur des projets médicaux de territoire et des contrats locaux de santé.
L’UNR.santé, suite à son séminaire des 29 et 30 janvier 2010, souhaite que les savoir faire développés par les réseaux de santé contribuent au succès de ces politiques, en appui aux acteurs des soins ambulatoires. Elle souhaite s’impliquer à tous les niveaux pour développer la coordination territoriale du parcours de santé et les pratiques transversales, en partenariat avec les usagers, les professionnels de santé, les établissements de santé, les services de soins de suite et d’hospitalisation à domicile.Elle veut contribuer à la mise en place d’un système d’information inter opérable, au développement de l’e-santé en lien avec les ENRS et conformément au référentiel de l’ASIP.
L’UNR.santé appelle les réseaux de santé à un regroupement territorial autour de l’élaboration et du suivi de plans Personnalisés de santé pluri-pathologies (PPS) pour les usagers qui en ont besoin. Ces PPS (plan de soins, plan d’aide et plan d’éducation thérapeutique) doivent permettre de promouvoir la fonction de coordination et de planification assignée aux médecins de premiers recours, particulièrement pour les patients porteurs de maladies chroniques, en situation complexe, de précarité, de perte d’autonomie ou de handicap. Ils doivent être l’occasion d’une extension des Nouveaux modes de Rémunération forfaitaires en cours d’expérimentation.
L’UNR.santé est très favorable à la constitution de Maisons et Pôles de santé pluridisciplinaires pour assurer la qualité des prises en charge ambulatoires et appelle les réseaux à soutenir cette démarche partout où ils interviennent. Une articulation forte entre les Réseaux et les Maisons et Pôles de Santé paraît indispensable au succès de la nouvelle organisation des soins de premier recours.
Téléchargez la présentation d'Isabelle VINCENT lors du séminaire APA du 23 octobre: la place de l'activité physique en promotion de la santé.