Ce qu’on entend souvent… et ce qu’on sait vraiment
« Le diabète, c’est une maladie des gens qui mangent trop de sucre ! » Cette phrase revient systématiquement lors d’ateliers ou de formations, comme un refrain ancré dans l’imaginaire collectif. Pourtant, la réalité est bien plus complexe. Si l’alimentation sucrée a une place dans l’histoire du diabète, réduire cette maladie à la seule consommation excessive de sucre est non seulement réducteur, mais aussi source de confusion et, parfois, de culpabilité inutile.
Pour bien comprendre le lien entre le sucre et le diabète, il convient d’abord de distinguer les différents types de diabète, puis de s’intéresser aux mécanismes et aux nombreux facteurs de risque identifiés par la recherche scientifique.
Les différents types de diabète : un panorama essentiel
- Le diabète de type 1 : Survient le plus souvent chez l’enfant ou l’adolescent mais peut apparaître à tout âge. Il résulte d’une destruction des cellules productrices d’insuline dans le pancréas, d’origine auto-immune. Ce processus n’a rien à voir avec l’alimentation, ni avec la consommation de sucre.
- Le diabète de type 2 : Le plus fréquent (environ 90 % des cas), il touche majoritairement l’adulte d’âge mûr, mais son incidence augmente aussi chez les plus jeunes. Cette forme est liée à une résistance à l’insuline associée à une diminution progressive de la sécrétion d’insuline.
- Le diabète gestationnel : Apparaît au cours de la grossesse, et disparaît généralement après l’accouchement. Il reste cependant un facteur de risque de développer un diabète de type 2 plus tard.
Le diabète de type 1 et le diabète gestationnel échappent donc d’emblée à l’accusation directe d’une consommation excessive de sucre. Quid du diabète de type 2, souvent caricaturé ?
Le sucre : une pièce du puzzle, mais pas la seule
Le mot “diabète” évoque presque toujours les aliments sucrés, mais l’explication est loin d’être aussi directe ! Quand on parle de sucre, il faut distinguer entre :
- Le sucre ajouté (sodas, confiseries, gâteaux, produits ultra-transformés…)
- Le sucre naturellement présent dans les fruits, le lait ou certains légumes
La consommation excessive de sucres rapides, en particulier sous forme de boissons sucrées, est effectivement associée à une augmentation du risque de diabète de type 2. Une méta-analyse parue dans le British Medical Journal (2013) indique que boire une boisson sucrée chaque jour augmente le risque de développer ce type de diabète d’environ 20 %. Toutefois, cela ne veut pas dire que le sucre seul est responsable !
D’autres facteurs de risque majeurs à connaître
De nombreuses études ont permis de mettre en évidence une constellation de facteurs agissant en synergie, dont :
- Le surpoids et l’obésité : 80 à 90 % des personnes diagnostiquées avec un diabète de type 2 sont en surpoids au moment du diagnostic (OMS).
- L’inactivité physique : Le manque d’activité régulière augmente la résistance à l’insuline.
- Les prédispositions génétiques : Un parent diabétique accroît le risque de l’enfant, même en l’absence d’excès de sucre dans l’alimentation.
- L’âge : Les risques croissent naturellement avec les années, indépendamment de l’alimentation.
- Le stress chronique : Il peut impacter l’équilibre hormonal et favoriser des comportements alimentaires défavorables.
- Certains médicaments : Certains traitements (corticoïdes, neuroleptiques…) favorisent la survenue d’un diabète chez des personnes à risque.
- Les facteurs ethniques : La prévalence est plus élevée dans certaines populations (personnes originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, d’Asie du Sud-Est, etc).
Pour illustrer cette diversité, le diabète de type 2 est recensé chez des personnes mangeant peu de sucre mais présentant d’autres facteurs, et absent chez d’autres pourtant grandes consommatrices de sucreries, mais pratiquant beaucoup d’activité physique, ou ayant une bonne génétique.
Quelle est vraiment la place du sucre dans l’apparition du diabète ?
Ce n’est pas tant la quantité totale de sucre consommée qui prime, mais surtout :
- La répartition de l’apport en sucre dans la journée (pics d’hyperglycémie prolongés…)
- La source du sucre (boissons sucrées = index glycémique très élevé, absorption rapide, sursollicitation du pancréas)
- Le contexte global : alimentation déséquilibrée, manque de fibres, mode de vie sédentaire, surpoids…
Sur ce point, plusieurs études montrent que les boissons sucrées constituent un facteur de risque beaucoup plus fort que les aliments solides sucrés (Source : American Diabetes Association).
Une particularité : la consommation régulière de grandes quantités de sucre pendant l’enfance favorise l’apparition d’une insulino-résistance, mais c’est souvent la combinaison avec d’autres facteurs qui fait pencher la balance.
D’autres idées reçues à déconstruire
- Les aliments « sains » mangés en excès peuvent aussi peser : Par exemple, le pain blanc, les pommes de terre, les céréales raffinées sont rapidement transformés en glucose lors de la digestion, impactant de la même manière la glycémie.
- L’alcool : Souvent oublié, il représente une source insidieuse de sucre, en particulier les vins doux et les spiritueux sucrés.
- Aucune quantité “interdite” universelle : Certaines personnes développent un diabète avec peu de sucres, d’autres tolèrent des apports plus élevés. L’individualisation reste la clé.
- Le diabète n’est pas une “punition” alimentaire : L’idée selon laquelle on l’a “cherché” en se faisant plaisir est simpliste et injuste. Beaucoup de diabétiques n'étaient pas particulièrement “gourmands”.
Quelques chiffres pour sortir des clichés
- 59 % : c’est la proportion d’adultes français qui pensent, à tort, que le diabète de type 2 est causé uniquement par la consommation de sucre (Fédération Française des Diabétiques, 2022).
- 1,3 million d’enfants dans le monde sont touchés par le diabète de type 1, qui n’a pas de lien direct avec l’alimentation (International Diabetes Federation, 2023).
- En France, 1 personne sur 6 présentant un diabète de type 2 a un poids normal (Santé Publique France), preuve que la maladie ne résulte pas que des excès alimentaires.
- Les personnes consommant quotidiennement deux canettes de sodas ont un risque augmenté de 26 % de développer un diabète de type 2 par rapport à celles qui n’en boivent pas, mais ce risque reste influencé par leur activité physique et leur génétique (Harvard School of Public Health).
Prévenir, c’est agir sur plusieurs fronts
La prévention du diabète repose donc sur :
- Limiter les sucres rapides, surtout les boissons, mais sans diaboliser les aliments modérément sucrés intégrés dans une alimentation équilibrée
- Privilégier les aliments à index glycémique bas (fruits entiers, céréales complètes…)
- Maintenir un poids stable ou maîtriser la prise de poids excessive
- Augmenter la part de l’activité physique (marche rapide, vélo, natation… à raison de 30 minutes au moins 5 fois par semaine selon l’Assurance Maladie)
- Éviter la sédentarité prolongée (pauses régulières en position assise, escaliers plutôt qu’ascenseur)
- Surveiller ses facteurs personnels de risque (antécédents familiaux, hypertension, cholestérol, etc.) avec son médecin
- Favoriser des repas riches en fibres, en protéines de qualité et pauvres en produits ultra-transformés
Il s’agit donc de repenser l’alimentation et le mode de vie dans leur globalité, plutôt que de stigmatiser un seul nutriment.
Aller au-delà de la peur du sucre : comment mieux communiquer autour du diabète ?
La focalisation quasi-exclusive sur le sucre a un effet pervers : elle détourne l’attention des autres causes modifiables et culpabilise inutilement. Parler d’équilibre, de diversité alimentaire, de mouvement, de gestion du stress et d’environnement social permet d’accompagner efficacement les personnes à risque et les patients diagnostiqués.
Mieux informer pour donner une vision nuancée, c’est aussi aider à mieux vivre avec un diabète, à faire des choix avisés sans fausse peur, à ouvrir le dialogue avec son soignant et à oser poser des questions… même celles qui semblent naïves. C’est tout l’esprit d’un engagement durable contre la maladie !
Envie d’en savoir plus sur l’alimentation, les mécanismes du diabète ou les dernières avancées thérapeutiques ? Des ressources fiables vous attendent sur le site de la Fédération Française des Diabétiques, l’International Diabetes Federation ou encore le site de la Haute Autorité de Santé.
Le sucre a sa place dans l’histoire du diabète, mais ce serait une erreur de le désigner comme unique coupable. Comme souvent en santé, la clé réside dans la globalité, la mesure et la nuance.