Comprendre le lien entre diabète et surpoids : un raccourci trop simple

L’image du diabète associée automatiquement au surpoids s’est ancrée dans l’imaginaire collectif. On pense immédiatement à des régimes, à l’obésité, à la malbouffe. Pourtant, cette association, bien que reposant sur des faits scientifiques dans certains cas, est largement incomplète Le diabète est un ensemble de maladies complexes, multiples, qui peuvent toucher toutes sortes de profils, et pas seulement ceux affichant un indice de masse corporelle élevé.

Selon la Fédération Internationale du Diabète (IDF), plus de 537 millions d’adultes vivent avec un diabète à travers le monde en 2021, représentant environ 1 personne sur 10 (IDF Atlas 2021). Mais qui sont-ils réellement ?

Quels sont les différents types de diabète ?

  • Diabète de type 1 : d’origine auto-immune, il apparaît généralement chez l’enfant, l’adolescent ou le jeune adulte, sans lien avec le poids ni l’alimentation.
  • Diabète de type 2 : souvent lié à une prédisposition génétique, au vieillissement, à certains modes de vie, il est associé, mais pas exclusivement, au surpoids ou à l’obésité.
  • Diabète gestationnel : survenant pendant la grossesse, il dépend de nombreux facteurs, dont le surpoids, mais aussi de l’âge, de l’origine ethnique et de la génétique.
  • Autres formes rares : par exemple, les diabètes monogéniques ou secondaires à des pathologies du pancréas ou à certains traitements.

Comprendre cette diversité permet déjà de nuancer l’équation « diabète = surpoids ». Les réalités sont bien plus complexes.

Diabète de type 1 : aucune corrélation avec le surpoids

Le diabète de type 1 représente environ 6 à 10 % de tous les cas de diabète (Santé Publique France, 2023). Il touche les personnes sans distinction de poids, car il résulte de la destruction auto-immune des cellules du pancréas produisant l’insuline.

Un enfant sportif, une adolescente mince, un adulte soucieux de son hygiène de vie… Tous peuvent être concernés par le diabète de type 1. La maladie se déclare parfois brutalement, sans signes d’alerte ni rapport avec le comportement alimentaire. Un exemple frappant : le nombre d’enfants et d’adolescents diagnostiqués diabétiques de type 1 a augmenté dans des pays où le surpoids infantile ne progresse pas forcément aussi vite (Diabetes UK).

Le diabète de type 2 : le rôle du surpoids... mais pas seulement

Oui, le surpoids est un facteur de risque majeur

De nombreux travaux démontrent que l’obésité et le surpoids multiplient le risque de développer un diabète de type 2, en particulier au niveau abdominal. Selon l’OMS, plus de 80 % des diabétiques de type 2 présentent un surpoids ou une obésité au moment du diagnostic (OMS).

  • La graisse abdominale perturbe le fonctionnement de l’insuline, qui régule la glycémie.
  • La sédentarité, l’alimentation déséquilibrée et certaines habitudes de vie favorisent la résistance à l’insuline.

Cependant, ce chiffre met de côté une réalité : près d’1 cas sur 5 de diabète de type 2 se déclare chez une personne au poids normal, voire mince (JAMA, 2018).

Des personnes minces aussi touchées : zoom sur les facteurs de risque cachés

Parmi les personnes diagnostiquées diabétiques de type 2, on retrouve des profils très divers. Voici des facteurs pouvant expliquer l’apparition du diabète en dehors du surpoids :

  • Prédisposition génétique : Avoir un ou plusieurs membres de la famille proches diabétiques augmente fortement le risque, indépendamment du poids.
  • Origine ethnique : Certaines populations (personnes originaires d’Asie du Sud, d’Afrique, du Proche-Orient, des Caraïbes…) sont plus susceptibles de développer un diabète de type 2, même à poids normal (NCBI, 2013).
  • Âge : Le vieillissement s’accompagne naturellement d’une moindre action de l’insuline.
  • Facteurs environnementaux et hormonaux : Certaines maladies, le stress chronique, ou encore des troubles hormonaux (comme le syndrome des ovaires polykystiques) s’accompagnent d’une élévation du risque même chez des personnes minces.
  • Composition corporelle : Dans certaines populations, il existe une tendance à stocker la graisse autour des viscères même sans IMC élevé, ce qui accroît la résistance à l’insuline.
  • Médicaments : Certains traitements (corticoïdes, antipsychotiques, etc.) peuvent engendrer un diabète, peu importe le poids initial de la personne.

Un exemple concret : en Asie, la majorité des personnes atteintes de diabète de type 2 ont un poids considéré comme normal selon les standards occidentaux, ce qui a mené à l’adaptation des seuils d’IMC pour le dépistage dans certains pays (The Lancet, 2012).

Idées reçues et stigmatisation : attention au raccourci « cause unique »

La confusion entre surpoids et diabète nourrit d’importants préjugés : certains malades se sentent coupables, jugés sur leur mode de vie alors qu’ils peuvent avoir tout fait « dans les règles » ou être porteurs d’un risque génétique très fort. Cette stigmatisation peut conduire à un diagnostic plus tardif et à un isolement, alors que l’accompagnement et la compréhension restent essentiels.

Rien n’est jamais « automatique » : le surpoids ne conduit pas systématiquement au diabète, et l’absence de surpoids n’est pas une immunité.

Diabète gestationnel : ni poids, ni fatalité

Le diabète gestationnel survient chez 6 à 14 % des femmes enceintes en France (Assurance Maladie, 2023). Là encore, le surpoids est un facteur favorisant, mais il existe des cas chez des femmes à poids normal.

  • Âge supérieur à 35 ans, origine ethnique, antécédents familiaux et personnels, poids élevé du bébé lors d’une précédente grossesse…

Plusieurs études montrent que près d’1 femme sur 3 ayant développé un diabète gestationnel n’était pas en surpoids (NCBI, 2013).

Prévenir et dépister : qui doit s’inquiéter et comment réagir ?

La prévention du diabète de type 2 repose beaucoup sur l’hygiène de vie, mais également sur la prise en compte des autres facteurs de risque que le surpoids.

  • Faites-vous dépister si :
    • Vous avez plus de 45 ans,
    • Vous avez des antécédents familiaux de diabète,
    • Votre origine ethnique est à risque,
    • Vous avez des antécédents de diabète gestationnel ou un syndrome des ovaires polykystiques,
    • Vous prenez certains médicaments au long cours,
    • Vous présentez des signes évocateurs (soif, urines abondantes, fatigue inexpliquée, amaigrissement).
  • Adoptez les mesures suivantes, quel que soit votre poids :
    • Pratiquer une activité physique régulière : marcher 30 minutes par jour peut réduire le risque jusqu’à 30 %.
    • Limiter la consommation d’aliments ultra-transformés, favoriser les fruits, légumes, fibres.
    • Surveiller sa tension artérielle et son cholestérol.
    • Consulter régulièrement lors du suivi médical, en cas de facteurs de risque.

Une étude américaine dans le New England Journal of Medicine en 2002 a prouvé qu’adopter une bonne hygiène de vie permet de retarder voire d’éviter l’apparition du diabète de type 2 même chez les personnes génétiquement à haut risque (NEJM, 2002).

L’essentiel à retenir et perspectives à ouvrir

Réduire le diabète à un problème de surpoids revient à occulter la richesse et la diversité des parcours des personnes concernées. Il y a autant de façons de « vivre » le diabète, que de profils de patients: enfants, femmes enceintes, seniors actifs, sportifs ou personnes sédentaires… Aucun visage type !

S’informer avec des sources de qualité, dialoguer avec des professionnels et sortir des idées reçues contribue non seulement à un meilleur dépistage, mais aussi à une prise en charge plus adaptée et moins culpabilisante.

Au-delà de l’aspect médical, il y a aussi un enjeu de société : comment lutter contre la stigmatisation, comment mieux repérer les personnes à risque, comment sensibiliser dès le plus jeune âge à l’importance de l’activité physique et de l’alimentation sans tomber dans la caricature. Le diabète, à sa manière, nous invite à repenser notre regard sur la santé, le corps, et l’ouverture à la différence.

N’hésitez pas à partager cet article à celles et ceux qui pensent encore que le diabète « n’arrive qu’aux autres » ou « se mérite » : le dialogue reste la meilleure façon d’informer, d’aider, de prévenir et d’encourager chacun dans son parcours.

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